Auto-évaluation

Publié le 24 Juin 2014

Il me faudrait, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, évaluer cette période qui s’achève. Ma vie est ainsi faite que mon calendrier est davantage calé sur celui des moufs que sur l’année civile. Ces 10 derniers mois ont été jalonnés de sang, de larmes, de chair, de Champagne, de vin, de tabac... Il me reste en bouche et en cœur surtout, une amertume, un relent métallique dont je peine à me débarrasser. Il me semble encore porter les stigmates d’actes insensés, de fureur affective, de choix hallucinés. Il est certaines souillures qui vous marquent à perpétuité et qui modifient en profondeur ce que vous avez été. D’aucuns prétendront que ce sont ces blessures qui font grandir, que l’indépendance est à ce prix. Qu’il est lourd à payer ce tribut pour accéder à une confiance en soi, pourtant si fragile. Autant d’efforts pour un sentiment de sécurité érigé sur du sable.

Pour me connaître et m’estimer à ma juste valeur, il m’aura fallu lutter. Lutter contre mon impétuosité naturelle d’abord. Ne pas répondre au fiel verbeux, à la provocation diffamante gratuite et par là-même m’assoir sur ce besoin vital de justesse et d’équilibre. Certains combats ne valent pas la peine d’être menés : aller au front m’aurait laissée plus exsangue encore. Je laisse aux assaillants tout le loisir de se dépêtrer de leur colère, de leur orgueil, de leur aliénation. Si le lotus est une plante qui grandit dans la boue et l’obscurité, alors il n’est pas impossible que je m’épanouisse.

Il m’aura fallu lutter. Lutter contre la tentation de basculer vers le cynisme. Qu’il est séduisant d’adopter des postures fatalistes et désillusionnées. J’ai tenté d’emprunter ce chemin : il semblait si abordable. Ne plus croire en l’autre, ne plus confier son âme, se jouer de tout et de tous… Autant d’attitudes qui laissaient présager un confort émotionnel tant convoité.

Mais le destin est malicieux et place sur votre chemin des rencontres imprévues. Lorsque les circonstances s’en mêlent, que le hasard sème les cailloux d’une possibilité de bonheur, c’est le signe qu’il est temps de déposer les armes. C’est avec moins de conviction qu’on nie les évidences. Les événements font sens. Et on a beau se démener pour ne pas s’abandonner ; délicatement, les barrages sautent. Pourtant, la cicatrice est si fraîche, le goût de la déception encore si prégnant… Imperceptiblement, on fléchit. Le rire, la douceur, le partage reprennent leurs droits. La transition est parfois pénible : chacun est lesté de ses fêlures et la faille est encore béante de part et d’autre. Mais il suffit d’un regard ; d’un "je t’aime" murmuré de manière inattendue pour que l’ivresse langoureuse éclose. On mesure alors que ce n’est plus seulement en soi que l’on a confiance, mais en l’autre. On se sent plus riche, privilégié de connaître enfin cette sensation.

Rédigé par Jenny Grumpy

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