Ton histoire

Publié le 25 Mai 2014

De quelle légitimité pourrais-je me prévaloir pour te juger, et même te conseiller ?

Toi qui as vécu le "jusqu’à ce que la mort nous sépare". Toi qui n’en avais connu qu’un seul. Toi qui as semblé avancer main dans la main sans te poser de questions, portée par cette certitude d’être chérie ; idolâtrée parfois.

Comment ai-je pu te souffler cet adage populaire, "il vaut mieux être seul que mal accompagné" ? J’ignore tout de tes 7 années de solitude, de tes soirées sans lui, du motif qu’il te fallait peut-être trouver pour rentrer après une journée au bureau. Je ne connais rien de cette existence que vous aviez certainement projetée et qui n’existera jamais.

J’ai fermé les yeux sur ta vie, ton absence de colère, tes frêles émotions.

Pourtant j’ai admiré ta façon de continuer, de ne pas t’appesantir, de retenir tes larmes, de ne pas jalouser, de nettoyer. J’ai observé tes voyages audacieux, tes nouvelles amitiés, ta place auprès des moufs. J’ai aussi désavoué ta distance, ton fatalisme. Nous sommes si différentes ; je lui ressemble tant.

Il est cohérent finalement qu’aujourd’hui je montre les crocs à ta place. Logique mais anormal. Je pointe du doigt l’absurdité de la situation, les anomalies de ton histoire. J’aimerais pouvoir te dire ce qu’est l’amour de manière quasi cartésienne, te présenter une liste à la Prévert et que tu coches les cases. Je ne peux que te hurler que ce que tu vis n’y ressemble pas.

A 17, 36 ou 59, nous nous posons tous la question. Comment reconnaître ce sentiment ? Il est si évanescent, bouleversant, fugace, puissant, destructeur, bienveillant, rassurant, sombre… Il est l’action, le reflux, la plénitude, l’oscillation, l’inquiétude, l’enthousiasme.

Il se cache derrière les fous rire, les larmes, les gémissements, les regards, les frôlements, les regards, les éclats de voix. Il se fait intense, délicat, quotidien, calme, foudroyant.

J’aurais toujours ces interrogations et je tâcherais de répondre à celles des mômes dans quelques années. Et j’ai si peu d’arguments dans ma besace pour te convaincre de passer ton chemin. C’est presque clandestinement que je sème les cailloux qui te ramèneront à la sérénité.

Car si je ne suis pas capable de t’expliquer ce qu’est l’amour, je peux te dire ce qu’il n’est pas. L’amour n’existe pas quand il n’y a pas respect de l’autre, de son intégrité intellectuelle, morale, psychique, affective. L’amour n’existe pas quand l’autre te veut tout à lui et rien qu’à lui. L’amour n’existe pas quand il n’y pas réciprocité. L’amour n’existe pas lorsque tu es aux aguets, que tu te méfies. L’amour n’existe pas quand tu doutes de toi. L’amour n’existe pas quand tu te perds, quand tu te dilues.

Mais tu n’es pas une amie, ni ma fille et je ne peux qu’assister à ce gâchis. Je m’en attriste, je m’en inquiète et tes exhortations n’y changeront rien. Elles me permettent simplement de mesurer ma chance…

Rédigé par Jenny Grumpy

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Neurones en éventail 26/05/2014 14:15

très touchant

Jenn 26/05/2014 16:51

Merci :)