De la bienveillance

Publié le 8 Avril 2014

Je t’observe attentivement en ce doux mois d’avril 2014. Je plonge mon regard dans le tien et je m’évertue à trouver en toi ce qu’il reste de la dizaine de mois qui vient de s’écouler. Les meurtrissures semblent s’estomper. J’emploie sciemment le verbe "sembler" pour ne pas te froisser. C’est que tu as appris à être redoutablement prudente.

Bien sûr, les cicatrices demeureront, mais elles blanchissent : il est certains soleils prompts à les décolorer plus naturellement.

Il t’en aura fallu du temps, des insomnies, de l’ivresse, de l’écriture, de l’étourdissement, de la littérature, des larmes, de la rage, de l’amertume, de l’incompréhension, de la déception… pour te pardonner. Tu n’oublieras pas. Je sens qu’il est nécessaire que je l’exprime, pour te rassurer presque. Pour te convaincre que tu sauras désormais éviter ces périls-là.

Tu sais aujourd’hui que toutes les fragilités ne sont pas compatibles, qu’il est des failles qui ne peuvent pas se combler et qui n’auraient probablement jamais dû se percuter. Il ne pouvait en découler qu’un désastre. Tu as su renoncer à temps à comprendre : tout ne s’explique pas. La rationalité n’a pas toujours sa place lorsque deux abîmes amochés se rejoignent. Ta hargne avait disparu depuis bien plusieurs semaines déjà, mais la place était restée vacante.

Et puis, et puis je t’ai vue vivre à nouveau. Tu es redevenue toi-même. Je te vois rire aux éclats. Tes yeux scintillent de cet éclat que je croyais éteint à jamais. Ton front ne se plisse plus par contrariété. Tu ne demandes plus comment agir. Tu n’as plus peur. Tes yeux peuvent encore s’embuer – car tu es ainsi constituée, sensible et vulnérable, mais tu es plus forte. Tu t’es retrouvée. Tout paraît si simple, si fluide.

Il n’y a plus d’euphorie dans ton comportement, d’ardeurs destructrices. Tu as déserté le champ de bataille et laissé l’apaisement t’envahir.

Tu n’as plus besoin de masquer tes cernes noirs avec YSL car ton sommeil est plus serein. Tes pommettes ne sont plus saillantes, ton regard ne cherche plus à défier l’humanité toute entière. Tu as remisé la tête de Gorgone dans une boîte à chapeau et rangé ton bouclier qui pétrifiait quiconque tentait de s’approcher de toi. Tu as cessé de jouer.

Délicatement, tu réapprends. Grâce à la bienveillance. Une bienveillance réciproque qui se pare de respect et de confiance. Tu l’avais oubliée, hein, cette chaleur qui reflue sur toi et sur l’autre. Tu avais oublié qu’on pouvait rester soi-même avec l’autre : chanter sans craindre les sarcasmes, se laisser aller à danser, cuisiner pour le plaisir, discuter comme des ados, vivre la douceur et dépasser ses limites à d’autres moments, ne pas se poser de questions, patienter, savourer, se sourire…

La bienveillance, cette affection qui, selon Hutcheson, vous porte à désirer le bonheur de notre prochain. Mais un bonheur dans lequel on ne s’oublie pas et surtout, un bonheur gratuit. Il se sculpte d’actes gentils que l’on n’a pas quémandés, de cadeaux que l’on fait sans y penser parce qu’ils coulent de source, qu’ils sont authentiques.

Alors… Alors, on est bien. Juste bien…

Rédigé par Jenn

Publié dans #Réflexion

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So 25/05/2014 00:11

C'est incroyable, j'ai l'impression que tu parles de moi, sans être pour autant parvenue à retrouver cette sérénité qui te va, je l'imagine, si bien au teint. Je suis encore dans la noirceur mais ça fait du bien de savoir qu'il existe autre chose, ailleurs. Je t'embrasse