Repos soldat !

Publié le 17 Mars 2014

Et il nous faudra recommencer. Repartir de zéro. Mais à chaque année qui s’égrène, à chaque histoire qui se termine, le prochain chemin à explorer semble plus escarpé. Le sac à dos est plus lourd, lesté de larmes, de déceptions, de défiance… La tenue du voyageur se fait plus encombrante : c’est que l’armure est écrasante avec son alliage de peur, de colère, de cynisme… Le diamètre du bouclier s’accroît au gré des rencontres, le glaive s’affûte. Qu’il est incommode cet équipement pour vivre sa vie. Il enserre le cœur, étouffe les émotions, asphyxie les sensations et finalement empêche d’avancer.

Et si l’hoplite est ivre de rage, qu’il se laisse consumer par sa frustration, alors il demeure inerte, sclérosé dans sa fureur et sa pusillanimité.

Rien ne semble pouvoir fissurer la carapace qu’il a mis tant de temps à se forger pour préserver son cœur meurtri.

Le guerrier s’y sent presque à l’aise, comme si le carcan pouvait être confortable. Les attaques médiocres et odieuses échauffent le heaume, les coups de dague ricochent sur le plastron. Mais il reste fièrement planté sur ses deux jambes, persuadé qu’il s’agit d’une fine stratégie.

Et puis, le cauchemar prend fin. Il n’y a pas d’armure, pas de combat. Tout a disparu. Le soldat a déposé les armes. Harassé, il a préféré la désertion. Lucide parce que l’ennemi est misérable et pathétique. Parce que combattre la perfidie est inutile et que la vie est ailleurs. Il est préférable de naviguer léger. Tant pis pour la fragilité mise à nu : il suffit simplement de ne pas en confier les clés au premier venu. Le soldat n’est plus, il est redevenu simple citoyen et se réadapte paisiblement à la vie normale : la simplicité des échanges, les éclats de rire, la confiance, la tranquillité, le partage… Une profonde intuition d’harmonie.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

Repost 0
Commenter cet article