Mon diamant brut

Publié le 27 Mars 2014

Ma belle gosse,

Encore quelques nuits paisibles et tu fêteras tes 5 ans. Cela doit faire 332 jours que tu me demandes quand est-ce que tu les auras. Tu es si pressée.

Quand je pense à toi, c’est immédiatement le diamant brut qui me vient à l’esprit.

L’étymologie me confirme que j’ai raison : un état d’âme inflexible, indomptable. C’est toi, ma mouf’ ! Du haut de tes 114 centimètres, tu affiches ton sens aigu de la justice : rien ne t’atteint plus que l’iniquité. Tu sais assumer bravement tes bêtises de gamine, tes mensonges mineurs, tes flambées de pugnacité, mais l’injustice pourrait te briser. Tout ton toi exprime ton désarroi lorsque tu y es confrontée : tes larmes, tes petits poings serrés, tes pommettes carmin, tes lèvres frémissantes. J’aime à m’imaginer que c’est là un point commun avec cette pierre si précieuse : tout comme la roche diamantifère, tu es volcanique et c’est ce qui me bouleverse tant.

Malgré les moments difficiles, rien n’a encore entaillé ta pureté. Ton cœur généreux n’en finit pas de palpiter. A l’aune de ton quinquennat, tu me sidères lorsque tu me confies qu’il y a de la place pour tout le monde en toi : tes frères, ton père, les pestes de la cour de récré, ta belle-maman, ton instit’, tes prétendants, mon amoureux, tes aïeux et moi évidemment.

Tu me stupéfies lorsque tu plantes tes mirettes dans les miennes en me disant que tu as ressenti tellement de joie que tu as cru que tes larmes n’allaient jamais s’arrêter de tomber.

Tu es solaire ma belle gosse. Tu réfléchis la lumière. Ton énergie, ton sourire suffisent à effacer les menus tracas. Quelques notes de musique et tu nous communiques ta vitalité. Tu fermes les yeux, tu te laisses envahir par la mélodie et je te contemple. Tu évolues en rythme, je suis modestement fière de me reconnaître dans tes mouvements de poignets ou de hanches, dans tes haussements de sourcils.

Du diamant, j’apprends aussi qu’il ne génère pas de rejet ou de toxicité. Je ne suis pas objective. Mon côté mère fusionnelle sûrement : j’ai du mal à concevoir qu’on ne puisse pas t’aimer, toi, si prompte à t’ouvrir aux autres. Et toxique, sûrement pas. Pas encore, jamais peut-être. Tu n’es pas mauvaise, n’as pas l’esprit de compétition, ne cherches pas être meilleure que les autres. Pourtant, je pressens que ton envie d’être aimée de tous est une faille qu’il me faudra combler avec mes dérisoires armes.

Enfin, ou surtout, tu es brute. Tu n’as pas encore intégré certains codes sociaux hypocrites et je m’en réjouis. Tu salues tous ceux qui croisent ton chemin et ne manquent pas de leur faire remarquer leur impolitesse s’ils ne te répondent pas.

Tu t’étonnes qu’on dépose un simple baiser sur tes joues et qu’on ne sache pas (encore) te faire un câlin digne de ce nom. Tu bouscules tout sur ton passage pour sauter dans les bras d’une adulte à laquelle tu t’es attachée.

Tu voudrais dormir avec moi, que je te donne une petite sœur, me voir en robe blanche, pique-niquer sur la table basse sept fois par semaine, avoir un chien, te rendre à l’école en impératrice russe, finir ton dîner par quatre fromages différents, faire du vélo sans petites roues, te vernir les ongles en dehors des vacances, revoir ton amoureux de cet été, inviter quinze fillettes à ton anniversaire, sécher le centre de loisirs, voir Le lac des cygnes, savoir lire Peau d’Âne, ne jamais porter de pantalons, marcher avec mes salomés… grandir plus vite.

Laisse-nous du temps ma belle gosse. Il viendra bien assez tôt le jour qui te verra passer dans les mains d’un habile artisan joaillier. Puisse-t-il conserver intact ton authenticité.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Bébé-Enfant

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