Mes minots

Publié le 12 Mars 2014

J’exècre celui qui m’a un jour taxée d’être une mère fusionnelle, trop présente. J’abhorre celui qui m’a reprochée d’être dans l’animation avec eux, de les sur-stimuler. J’abomine celui qui m’a fait douter de la place que je pourrais laisser à d’autres dans notre trio, de la mère que je suis.

Il me suffit de les voir grandir, s’épanouir jour après jour, pour savoir qu’il avait tort.

Au risque de me répéter et de tomber dans le cliché, je les aime ces mômes. Putain que je les aime.

J’aime leur complicité fraternelle en ce qu’elle m’est étrangère. J’aime leurs éclats de rire qui résonnent dans l’appartement pendant de longues minutes et auxquels je ne suis pas conviée. J’aime la considération dont ils font la preuve les jours off : ils viennent vérifier si je suis bien là, dans mon lit, s’efforcent de fermer la porte doucement et s’essaient au chuchotement. Ils peuvent se glisser sous la couette pour un câlin précieux et réconfortant ou murmurer "ah, il est là" et se préparer leur petit déjeuner afin de nous accorder une heure supplémentaire. Cette heure, où, déjà, je ne dors plus, mais profite de les écouter vivre.

J’aime leurs discussions philosophiques sur l’idée qu’ils se font déjà de l’amour, du bonheur. Ils arborent alors des mines sérieuses et concentrées, échangeant consciencieusement leur point de vue, sans me solliciter trop.

J’aime quand ils choisissent la playlist de nos fins de journée. Qu’il nous faut mettre en boucle Vitaa et Maître Gims, Stromae ou Pink afin qu’ils puissent danser et s’oublier, tout à leur art.

J’aime quand ils s’enferment dans leur chambre pendant deux bonnes heures parce qu’ils dessinent, écrivent leurs propres contes de fées dans lesquels les dragons côtoient les sorcières, les nains, les poneys et Athéna. J’aime écouter le grand lire une histoire à sa sœur, lui expliquer avec patience Le lac des cygnes, lui apprendre à écrire une lettre ou à habiller une poupée. J’aime qu’ils soient dans leur propre sphère.

J’aime leur enthousiasme lorsque je leur propose un dîner "n’importe quoi" et que chacun apporte sur la table basse du salon ce qu’il a envie de manger. Mais aussi, lorsque nous cuisinons ensemble et qu’il nous faut pétrir à la main une pâte sablée.

J’aime lorsqu’ils me disent que je suis la plus belle de la France, que je suis super rigolote, qu’ils m’aiment jusqu’à la galaxie infinie. Qu’ils ne m’oublieront pas même quand je serai morte et que même en renne, ils me reconnaîtront.

J’aime quand ils s’émerveillent parce qu’ils ont aperçu un arc-en-ciel, cueilli une jolie fleur dont j’ignore le nom, senti mon nouveau parfum ou la jacinthe posée sur la commode, ou admiré la dernière robe en soie achetée.

Et surtout, au-delà du factuel, des instants de grâce, j’aime ce qu’ils sont. Des petits êtres ouverts, tolérants, drôles. Des gosses qui ignorent la colère et la rancune. Des gamins qui pardonnent, ouvrent leur cœur, ne s’embarrassent pas trop longtemps des déceptions. Des gamins qui affirment prudemment leur différence. Des enfants qui aiment, donnent sans compter, font confiance avec un certain discernement maintenant, mais savent cueillir le ravissement lorsqu’il est à leur portée.

Rédigé par Jenny Grumpy

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