Infidelis

Publié le 3 Mars 2014

Qu’elle est loin la jeune fille qui proclamait droite dans ses bottes (ou plutôt ses Kickers à l’époque), que jamais, au grand jamais, elle ne tromperait son amoureux. Les joues rosies par l’exaltation, elle affirmait également que jamais, au grand jamais, elle ne pardonnerait à celui qui lui serait infidèle. Aucun argument ne pouvait la convaincre : elle avait 20 piges, croyait en l’amour éternel, sincère et beau. Et puis… Et puis, elle a grandi.

J’évacue tout de suite la problématique de la morale, judéo-chrétienne ou autre, et du jugement. Je me fous de ce que font les autres. Dès lors que ça ne m’impacte pas, en belle égocentrique que je suis, je n’ai pas d’avis sur leurs pratiques. Je sais que chacun fait comme il peut, comme il veut et que, dans le couple, le manichéisme n’a pas sa place. Alors oui, la sentence "je ne juge pas" est galvaudée, mais sur ce sujet, elle prend tout son sens.

Me concernant, puisqu’ici, c’est de moi dont il s’agit, j’ai l’immense privilège (faveur ? honneur ?) d’avoir balayé tous les spectres de l’infidélité : femme adultère, femme trompée et amante. Une confrontation intéressante de points de vue qui ne me mène qu’à une seule conclusion : j’aime pas. Je n’aurais plus l’audace de prétendre un "plus jamais !", même si je le souhaite ardemment. Mais aucune des configurations ne me sied. Revue chronologique pour me faire comprendre.

La femme infidèle

Je ne ferais pas acte de contrition pour ce que je lui ai fait. J’ai trompé : telle est la vérité nue. Cet acte dévastateur tient en trois mots. Je pourrais passer ma vie à culpabiliser, à me flageller pour la blessure infligée à l’ego de l’autre. Je l’ai fait, trop longtemps déjà. J’ai moi-même scellé les verrous de mon épanouissement avec ma responsabilité.

Ces quelques semaines, mois d’adultère, ont construit la femme que je suis devenue. Je connais l’euphorie des premiers instants. J’ai vécu cette insouciance, cette quasi-certitude de suivre la seule voie salvatrice pour soi. Les heures volées, les textos, le désir insatiable, la fulgurance, la magie, le secret, la légèreté… comme seules réponses à une vie qui cherche ses aiguillages.

Mais je connais aussi les gueules de bois du lendemain. Ce matin fatidique où le reflet dans la glace t’est insupportable, cette minute où la réalité te rattrape et que la mystification de ta vie prend tout son sens. Ces secondes où tu sens schizophrène parce que tu ne sais plus qui tu es. Parce que tout n’est que confusion, que tu ne sais plus qui tu es, qui tu aimes, ce qui a de la valeur… Je vomis les subterfuges utilisés pour masquer le prénom de l’illégitime, ces stratagèmes pour grappiller une conversation téléphonique lorsque l’officiel officie dans la pièce voisine. Et encore une fois, il ne s’agit que de moi, que de ce en quoi je crois : ce moment où tu mesures que le mensonge devient la norme de ta vie m’a été insupportable. Chaque couple s’en débrouille ensuite comme il peut.

La femme trompée

Inutile d’y aller par quatre chemins. Etre cocue fait un mal de chien. Rien qu’à le prononcer, le mot est laid et écorche la bouche et l’oreille. La femme trompée se dilue : elle est un monstrueux fatras de colère, de tristesse, d’humiliation, d’interrogations et de résignation. Celle que je suis a considéré cette situation comme un juste retour des choses. A l’opposé de ce que je suis viscéralement, j’ai considéré cet état de fait comme une application quasi-divine de ce que j’avais moi-même commis. C’est sans doute pour ça que je l’ai accepté, en m’écrasant. Non, parce que j’aimais follement  celui qui me l’infligeait, mais parce qu’il me fallait éponger ma dette.

Et là, encore, on se réveille un matin nauséeuse face au miroir. On se regarde sans se voir. Il y a celles qui donnent le coup de talon, celles qui pardonnent, celles qui posent leurs limites, celles qui frappent, celles qui s’effondrent, celles qui se remettent en question. Et celles qui contournent l’obstacle… dont je suis.

L’amante

La langue française est extrêmement riche pour qualifier celle qui n’est pas l’officielle : maîtresse, copine, bien-aimée ou favorite pour les lettrés du 18ème. Plan cul pour la génération 2.0.

Je me ferais binaire pour cette dernière situation. Tant que les sentiments ne s’en mêlent pas, tout est sous contrôle. Il n’est alors question que de désinvolture, de baise réjouissante, de conversations plus ou moins futiles. Mais lorsque l’émoi paraît, alors, les choses se compliquent. Dans un conte de fées de moderne, il est réciproque et concomitant et une nouvelle et jolie histoire émerge. Dans la réalité, c’est la lâcheté et les compromissions qui jaillissent. C’est alors souvent, l’amant(e) qui prend le large. On a beau être adulte, il est peut-être des valeurs avec lesquelles on ne veut pas transiger.

 

Je me garderais bien aujourd’hui d’être catégorique devant ceux qui me lisent. J’y perdrais en crédibilité au regard de la môme de 20 ans que j’ai été. Et je n’ai même pas abordé ce qui fait que l’on bascule dans l’infidélité : à chacun son curseur.

Paradoxalement, les 15 ans qui se sont écoulés me permettent de savoir où j’en suis par rapport à la fidélité. Nul besoin de l’afficher tel un étendard. C’est un positionnement qui ne regarde que moi. Heureux (ou pas) celui qui en profitera.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

Repost 0
Commenter cet article

Neurones en éventail 06/03/2014 09:24

c'est très joliment dur, et oui, parfois on à des valeurs auxquelles on tient et qui s'effondrent !