Dark passenger

Publié le 26 Février 2014

Je sais que tu es là, embusqué derrière ma bienveillance et ce que d’aucuns qualifient de belle âme. Tu frémis, tu suffoques en te demandant si ton heure viendra. Si un jour, je te laisserai prendre possession de tout mon être.

J’ignore si tu m’as toujours habitée comme une eau dormante ou si tu as émergé au gré de mes fêlures et de mes peines. Une chose est sûre, aujourd’hui, je te flaire, j’exhale parfois tes émanations toxiques. Et la tête m’en tourne lorsque je mesure quelle emprise tu as déjà sur moi. Toi, mon dark passenger.

La femme qui se sent en insécurité, celle qui n’a pas confiance, qui ne sait plus prendre la main, modère ses élans chaleureux, c’est ton empreinte. La sarcastique, la farouche, la persiffleuse… C’est toi, mon dark passenger. Enfin, l’un de tes deux visages. Celui contre lequel je ne peux pas me battre. Et pour cause ; tu t’es engouffré dans la béance de mon désenchantement. Tu t’es paré de tes plus beaux atours, celui de l’armure imputrescible, qui résiste à tous les assauts. Tu m’as convaincue que tu étais la seule solution pour éviter les déceptions et surtout mener le jeu dans les relations avec l’autre.

Magnanime comme tu sais l’être, tu m’as fourni les armes indispensables : détachement, séduction, provocation, finesse… et j’en oublie. Tu étais en terrain conquis : j’avais relégué la spontanéité et le naturel dans un minuscule tiroir de mon cœur.

Et comme tu as cru avoir gagné une première bataille, tu as dégainé les armes de destruction massive. Destruction de ce que je suis profondément.

Tu m’as présenté la boîte de Pandore dans son écrin d’ébène. Elle recélait l’alcool à flot, la cocaïne, les nuits sans sommeil, les jupes courtes, les talons vertigineux, la superficialité, le sexe à outrance, la multiplicité, la vitesse, l’inconséquence. Comme si la décadence était la voie ultime.

J’ai oublié d’écrire, de lire, de regarder, d’aimer.

Toi, mon dark passenger, tu as tenté de m’asphyxier. Qu’elle était séduisante cette ligne que tu me proposais de suivre. Elle semblait facile, dénuée de toute forme d’engagement. Un engagement affectif surtout. Tout avait l’air si simple : il suffisait de m’en foutre. De faire comme si rien ne m’atteignait, comme si rien n’avait d’importance, à part mes mômes… peut-être.

Je n’avais pas encore intégré que le prix à payer était élevé. Si je décidais d’emprunter ce chemin, il me faudrait renoncer à l’essentiel : le respect. Celui que les autres me voueraient et surtout celui que je me réserverais.

Je suis au regret de t’informer que tu es en train de perdre. Je t’anéantis putain de dark passenger. Va essaimer ailleurs. J’ai choisi la lumière.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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