Ta peine

Publié le 28 Janvier 2014

J’aime pas ma môme quand ton cœur est trop lourd. Quand tu ne parviens plus à sourire. Quand tes pieds ne dansent plus. J’aime pas ma môme quand tu te fais silencieuse. Quand tes yeux se troublent. Quand ta lèvre tremble. J’aime pas ma môme quand je sens la tristesse t’envahir. Quand la colère gronde. Quand le vague à l’âme te submerge.

J’attends. Je veille. Je te laisse tranquille. Et elle tombe… Je fixe cette première larme qui roule le long de ta joue et vient s’écraser sur ta robe de fillette. Je suis suspendue à tes billes noisette. Je sais qu’il me faut encore patienter avant d’entrer dans ta bulle. Ton combat intérieur me stupéfie. Tout ton corps lutte contre cette lame que je sens affluer. Tes épaules se crispent, tes poings se serrent, tes pommettes rosissent.

Je ne m’avance pas vers toi, pas encore. Je te murmure simplement : "Abandonne, laisse aller…" Ta respiration s’accélère. Tu lèves la tête : ton regard me désarme, me bouleverse. Et enfin, tu te libères. Il n’y a plus que le chagrin. Tes sanglots me ravagent. Mais je ne peux pas, je ne dois pas sombrer.

Aussi douloureux soit-il, je saurais gérer cet épisode. Il me suffit de m’approcher doucement de toi, de te prendre dans mes bras, de poser ta tête contre moi et de caresser calmement tes boucles blondes. Je ne te dis rien. Je sais pourquoi tu en es là. Il viendra suffisamment tôt le temps des questions.

Par un fascinant effet de vases communicants, ta peine s’atténue, nos larmes se mêlent. Je ne suis pas forte face à ta souffrance : elle me saccage. Parce qu’elle est injuste, parce que tu n’as pas encore l’âge de cet abîme.

Tu t’apaises. Ta langue se délie. Tu m’interroges. Les pourquoi se bousculent dans ta bouche. Je n’ai pas toutes les réponses.

Tout se mêle : ta réalité est confuse. Tu tentes le mensonge, tu manies les contes, tu détournes les histoires, tu embellis le réel.

Je ne suis pas à la hauteur, je le sais. Je ne suis pas l’impérieux narrateur omnipotent de nos vies. Je n’ai pas le pouvoir de transcender d’un coup de baguette magique ceux que tu chéris. Je ne suis pas la fée qui peut pallier leurs défaillances, combler leurs égarements.

Ma rage est vaine à cet instant. Elle ne nous est d’aucun recours. Je garde pour plus tard la foudre qui viendra frapper ce qui te blesse. C’est de sincérité dont tu as besoin. Je laisse tomber l’armure afin que tu puisses entrevoir la vérité des belles âmes. Ton caractère pur accomplit le reste. Il me suffit d’esquisser un sourire pour que le tien illumine ton visage.

L’orage est passé, les nuages se dissipent. Je ne peux que m’incliner devant ta grandeur, toi ma môme.

Rédigé par Jenny Grumpy

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Cath' 28/01/2014 21:50

Leur douleur est la nôtre.... Toujours.....
Très joli texte

Jenny Grumpy 28/01/2014 22:52

Elle est même pire !
Merci

Bardon 28/01/2014 21:49

Quand les nuages seront dissipés ta môme-rayon de soleil fera apparaître même malgré elle un arc-en-ciel.

Jenny Grumpy 28/01/2014 22:52

C'est très juste ce que tu dis. Ca définit bien cette enfant. je ne l'en aime que plus

Neurones en éventail 28/01/2014 21:39

C'est magnifique !

Jenny Grumpy 28/01/2014 21:50

Merci beaucoup !!!