De l'évidence

Publié le 21 Janvier 2014

Comme 2014 ne rime avec aucun mot de la langue française, il a fallu trouver des concepts qui feraient résonance pour les 365 jours à venir. Et considérant qu’on nous a servi du "2013, année de la baise" (désolée pour vos chastes oreilles) à toutes les sauces (aucune métaphore filée ici), il nous fallait un peu de délicatesse pour appréhender un nouveau cycle. Enfin, nouveau cycle en qui me concerne : c’est du moins ce que s’accordent à dire mon astrologie et ma numérologie (par contre, ma morphologie est peu loquace sur le sujet mais passons).

Ce qu’il y a de confortable avec les idées abstraites, c’est qu’elles n’émergent pas brutalement. A condition d’être attentif, on peut repérer les graines qui ont été semées dans les semaines qui précèdent leur avènement. En cette fin janvier, j’en ai repéré trois qui traverseront peut-être l’année : bienveillance, obsolescence et évidence. J’aurais peut-être l’occasion de revenir sur les deux premiers, mais le sujet est vaste et mon insolence du soir ne me pousse pas à les explorer.

Parlons de l’évidence. Cette notion porte en elle tant de poésie, de beauté, de pureté… Pardonnez mon ironie et mes sarcasmes. Ce n’est pas ainsi que je l’envisage ce soir.

Narcissisme oblige, j’en ai des choses à dire sur l’évidence. Mettons-nous d’accord sur ce qui se cache derrière ce terme : "Est une évidence ce qui s'impose à l'esprit comme une vérité, ou une réalité, sans qu'il soit besoin d'aucune preuve ou justification". Merci Wikipédia ! Ça se complique, on le voit bien.

Le mieux est probablement de partir d’exemples concrets pour parvenir à une définition acceptable. De l’empirique vers la conceptualisation, ça peut fonctionner ! Liste à la Prévert de quelques-unes de mes évidences :

  • Je n’ai pas besoin de faire les soldes chez Comptoir, toute la collection hiver 2013/2014 se trouve dans ma penderie.
  • Mes mouflets sont formidables et drôles.
  • J’ai des goûts musicaux de merde.
  • Le Champagne, c’est Ruinart a minima.
  • J’ai du mal à faire confiance.
  • J’aime le Bordeaux.

Je pourrais continuer sur des lignes et des lignes que l’on n’avancerait pas des masses. Ce qui m’importe, ce sont les évidences que les autres veulent vous imposer. Et particulièrement, l’autre (je parle dans l’absolu là et me nourris d’expériences antérieures, pas de mon éventuel autre à moi pour ceux qui se posent la question).

Sans faire la bitch de service, c’est à se demander s’il n’existe pas des tutoriels que seuls les hommes pourraient visionner grâce à une fascinante prouesse technologique et qui leur apprendraient ce que nous les femmes (vous le charme, je sais !), on crève d’envie d’entendre. C’est bien connu, nous sommes de grandes romantiques devant l’éternel.

Selon le degré de finesse du gentleman, ça peut donner ceci :

  • "Toi et moi, c’est une évidence". Basique, possiblement efficace. Variante lorsque la relation perdure : "tu es le sens de ma vie"
  • "Toi et moi au lit, c’est une évidence". Moins subtile, peut-être plus honnête, mais pas forcément partagé par les deux parties en présentes.
  • "Toi et moi, intellectuellement, c’est une évidence". Variante : "tu m’inspires. Quand t’es pas là, je vaux rien". Flatteur car plus élevé forcément.
  • "Toi et moi, on vieillira ensemble, c’est une évidence". Hypocrite. Sous-entendu : "en attendant, je préfère m’éclater avec les petites donzelles qui passent".
  • "Toi et moi, parent d’un petit être, c’est une évidence". Merde ! C’est malhonnête de jouer sur cette corde-là si ce n'est pas d'une sincérité absolue.

Que celle qui n’a jamais entendu des paroles du genre se manifeste. Et heureuses les veinardes pour qui elles n’étaient pas en l’air. Je ne suis pas complètement perdue pour la cause, ça doit bien exister

J’y ai cru à l’évidence, à l’absence de doute, à la toute-puissance de la perception, à la magie, aux contes de fées… Mais j’ai grandi. L’évidence ne doit pas se suffire à elle-même, mais s’éprouver. Alors seulement, elle signifie, fait sens.

Rédigé par Jenny Grumpy

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