Que reste-t-il ?

Publié le 17 Décembre 2013

Les premiers mois, j’ai cru que le vide m’environnait. Qu’en affrontant la solitude, contrainte et forcée – il faut bien le dire -, mon univers s’effondrerait. Qu’il ne me resterait rien, à part les minots et les amis. Pardonnez-moi de vous inclure, de vous réduire à un néant. Je n’étais alors capable que de discerner ce que je n’avais plus. Je ne percevais plus que le manque, l’absence : les Saint-Emilion qu’on ne débouchait plus, les sushis qu’on ne commandait plus, les virées qu’on ne faisait plus, les discussions qu’on n’avait plus…

Et puis… et puis le temps a fait son œuvre… Comme ils l’avaient prédit. Ce que je n’avais plus, et auquel je croyais tenir, tient en 150 signes. C’est peu et ce n’est certainement pas anodin.

Les dernières semaines, j’ai observé que les larmes ne coulaient plus, que les voix ne s’élevaient plus, que les silences n’étaient plus pesants, que les sarcasmes s’étaient tus, que la défiance avait disparu, que le chagrin n’existait plus.

Imperceptiblement, la légèreté a repris ses droits. Mon cœur s’est libéré de son carcan. Les fous rires se sont multipliés. L’attente insoutenable s’est éteinte. La musique populaire est réapparue. Le verbe est revenu. Les échanges se sont multipliés. Les rencontres ont émergé.

Prudemment, celle que je suis remonte à la surface. Elle jette un œil à droite, puis à gauche. Parvient parfois à se dresser fièrement, avant de filer dans sa tanière sans se retourner.

Ces derniers jours, je prends pleinement la mesure de tout ce que j’ai laissé se briser en moi. J’ai cru que mon cœur était en morceaux. Grave erreur de jugement. Cela aurait été plus simple. J’emploie sciemment l’expression "laisser se briser" car il serait trop facile d’accuser l’autre, les quelques autres de m’avoir abîmée. J’en suis la seule responsable.

C’est moi qui hier encore ne croyais plus. C’est moi qui hier encore trouvais le moindre compliment suspicieux. C’est moi qui hier encore rejetais en bloc toute notion de couple. C’est moi qui hier encore fermais les yeux, ne voulais pas voir.

J’ai cru qu’il ne restait rien des dernières années. Il s’avère que si. Une armure, une carapace faite de mésestime de soi et d’insouciance nouvelle. Un curieux alliage dont certains feront probablement les frais. Mais aussi une force nouvelle, un féroce appétit de vivre, une soif de profiter.

Encore une fois, je ne peux que m’incliner devant la sagesse de ceux qui me sont proches et qui n’ont eu de cesse de me répéter que cette période serait salvatrice, qu’elle me permettrait de me connaître intensément. Je ne sais pas encore si ce que je découvre est conforme à l’éducation que j’ai reçue, aux délires de princesses qui ont bercé mon enfance, à ma quête d’amour absolu, aux valeurs avec lesquelles je me suis construite.

Une chose est sûre, le sourire est revenu. Le vrai, celui qui est communicatif. Et avec lui, les yeux qui pétillent, le rire qui s’envole, les mains qui se frôlent, les messages qui font du bien, la douceur qui enveloppe, le regard qui éveille, les artères qui palpitent, les joues qui rosissent, les corps qui se rapprochent, les mains qui s’enlacent, les discussions sans fin, les baisers qui galvanisent.

Tout n’aura pas été détruit finalement. L’inconséquence est demeurée…

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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