Lancinant besoin

Publié le 16 Novembre 2013

J’ai appris à vivre sans toi. Tu es le seul homme de ma vie dont le départ a été irréversible.

J’ai commencé à oublier les fêtes des pères, à ne plus craindre le dernier jour de novembre, à moins penser à ton absence dans les moments de bonheur. J'ai arrêté de me dire que tu aurais adoré la môme, cessé de m’imaginer le fabuleux grand-père que tu aurais été.

J’ai percé des trous dans des murs en béton, monté des meubles toute seule, changé des douilles électriques, cuisiné des soufflés sans te demander conseil. J’ai appris à vivre sans toi.

Je n’oublie pas ta voix, ton manque de distinction parfois, ta générosité, nos engueulades, ta fierté, ta grossièreté, ton humour, ta valeur, ton amour.

Depuis huit mois, je suis soulagée que tu ne sois plus là. Je n’aurais pas aimé que tu constates le carnage que j’ai fait de ma vie. Je n’aurais pas voulu que tu me vois si malheureuse. J’aurais eu honte de me montrer à toi si misérable et pathétique. J’aurais été humiliée que tu aperçoives mes yeux rougis et gonflés.

J’aurais détesté que tu me trouves trop maigre parce que rongée de l’intérieur.

J’ai appris à vivre sans toi, mais jamais je n’ai eu autant besoin de toi. Bien sûr, si tu n’étais pas parti si tôt, je peux rêver que tout aurait été différent. Je dois faire avec les cartes que j’ai entre les mains. Mais j’ai terriblement besoin de toi. Tu m’aurais secouée mieux que quiconque. Tu aurais tenté par tous les moyens de m’empêcher de sombrer. Plus que tout, tu aurais été en colère à ma place et tu m’aurais entraîné dans ton sillage. Tu m’aurais tenu la tête pour que je la redresse. Tu aurais vociféré. Toi le non violent, tu serais allé distribuer des claques, des pains comme tu disais. Tu te serais démené pour que je reprenne les rennes de ma vie. Tu aurais fait exploser ma boîte vocale. Tu aurais fait le siège de mon appartement. Tu t’y serais incrusté, tu y aurais pris racine jusqu’à ce que je reprenne pied. Tu m’aurais porté à bout de bras lorsque je n’étais plus capable de le faire. Tu m’aurais réconfortée. Tu aurais été le seul à pouvoir le faire pleinement et gratuitement. Sans rien attendre en retour et sans y voir de l’ingratitude de ma part.

Jamais je n’ai eu autant besoin de toi. Jamais je n’ai ressenti avec une telle acuité à quel point ton absence était cruelle. Tu es le seul aux pieds duquel j’aurais pu déposer les armes. A tes côtés, j’aurais pu laisser tomber l’équipement du soldat que j’ai endossé il y a si longtemps déjà.

Tu m’aurais consolée… tout simplement.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Blues

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