Décisions

Publié le 5 Novembre 2013

Déconcertant comme à l’approche de la quarantaine, j’aimerais parfois ôter 30 années à mon existence. Ce n’est pas de l’insouciance dont je suis nostalgique. L’adulte que je suis devenue sait se convaincre que les tentatives de détachement n’en sont qu’une forme plus mature. Foutaises ! Le détachement est au mieux une dénaturation de l’insouciance, au pire une perversion.

Ce que j’envie le plus aux enfants de 5 ans, c’est l’étroitesse de leur champ de décision. Ils ne mesurent pas leur chance d’hésiter entre deux dessins animés, d’osciller entre frites et tomates cerise, de devoir choisir entre baskets et Kickers. Certes, dans leur univers, les enjeux sont énormes. C’est ainsi qu’ils le vivent. Ils ont vite fait d’oublier leur dilemme car ses portées dans le temps sont inexistantes.

Il est certains jours où j’ai l’impression de payer chèrement certains choix que j’ai faits ou certaines décisions que je n’ai pas prises. Il est certaines heures où ma volonté se fait trop lourde à porter et ma pusillanimité trop rude à supporter.

J’ai longtemps fait en sorte que la providence décide pour moi. Je me laissais conduire, non par insouciance (encore elle), mais par facilité. Le résultat ne me satisfaisait pas forcément mais au moins me sentais-je dédouanée. Je vous entends lever vos boucliers et brandir en étendards les plus grands concepts philosophiques : éthique, liberté, responsabilité, humanité… Remballez votre artillerie : il ne s’agit que de ma modeste vie.

Et des décisions, j’en ai prises ces trois dernières années. Plus que dans ma vie entière, ajouterais-je même pompeusement. On croit que c’est le plus difficile, que la partie la plus ardue du chemin est faite lorsqu’on agit : on a tort. Et même si je ne minimise pas la complexité du processus, il n’est rien au regard des conséquences qu’il faut alors assumer. Des conséquences magnifiques et d’autres si sombres.

Quitter pour s’épanouir mais alors blesser, exploser, écorcher, négliger.

S’immobiliser pour se rassurer mais alors heurter, décevoir, mortifier.

Aujourd’hui, je tente vaillamment d’assumer pleinement la direction que je donne à ma vie. Peut-être un jour revendiquerais-je même mes erreurs, mes désirs, mes fautes, mes caprices avec fierté car ce sont eux qui me construisent et qui font de moi une femme plus apaisée.

Mais quid de nos agissements lorsqu’ils embarquent sur le même bateau les deux êtres chers ? Un bateau que l’on projette paquebot naturellement, mais qui peut se faire radeau. Et c’est avec un mélange d’excitation, de panique, de résignation, de bonheur qu’on largue les amarres. On apprend à savamment doser peur et prudence, confiance et aveuglement. Parce qu’au fond de moi, gronde aujourd’hui une certitude : celle que j’affronterais vents et marées pour eux, que j’assumerais leurs questions et leurs peines. Même si elles me coûtent. C’est ainsi que nous grandissons. Et ils comprendront que la perfection n’est pas de ce monde, que ce n’est pas si grave et que c’est finalement ce qui rend notre vie si puissante et si sublime.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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