Cher bonheur,

Publié le 12 Novembre 2013

Je pourrais passer une vie à t’attendre. Je me morfondrais derrière ma fenêtre à ta guetter. Je t’imaginerais en valeureux prince sur ton cheval blanc. Seuls les sabots de ta monture viendraient rompre le silence d’un soir d’automne. Et tu m’attendrais les bras ouverts et le sourire aux lèvres : toi, mon bonheur.

Je dévalerais les escaliers avec toute la grâce dont je suis capable et me précipiterais pour que tu m’emportes. Je laisserais dans mon appartement mes remords, mes peines et mes questions et je te suivrais : toi, mon bonheur.

Je pourrais passer une vie à t’attendre. Une vie au conditionnel. Une existence qu’on contemple. Une réalité au bord de laquelle on s’assoit.

Tu serais celui qui me conforte dans mes choix. Je m’extirperais de la chaleur de mes draps pour me blottir contre toi. Mon corps, mon cœur et mon âme te seraient dédiés. Je ne respirerais que pour toi, mon bonheur.

Mais tu me serais étranger. Je t’aurais trop attendu. Je t’aurais fait le seul dépositaire de tout mon être et c’est là, un fardeau bien trop lourd à porter.

A trop observer, je prends le risque que tu m’échappes. A ne pas ouvrir les yeux, j’oublie que, finalement, tu es là. Que je t’effleure du bout des doigts quotidiennement. Que je suis la seule responsable de ta fuite. Que si je ne sais pas t’apprécier lorsque tu te manifestes de manière si évidente, alors tu t’éclipses.

Je peux décider de te façonner. Tu ne dois pas m’être extrinsèque. Tu m’appartiens. Il ne tient qu’à moi de déceler des parcelles de ta présence dans chaque instant.

Tu es là si souvent. Lorsque je danse avec la belle gosse. Lorsqu’une copine apporte un Saint-Estèphe divin. Lorsque j’écoute les contes inventés par le petit d’homme. Lorsque j’enfile une robe en soie. Lorsque nos mains s’effleurent. Lorsque je lis du Garcia Lorca. Lorsqu’un café du samedi après-midi se transforme en belle soirée. Lorsque j’écris. Lorsque j’écoute Nancy Sinatra. Lorsque j’allume une bougie. Lorsque que je sèche leurs larmes. Lorsqu’il me prend dans ses bras. Lorsque j’ai un fou rire. Lorsque que je bois mon café dans le silence matinal. Lorsqu’il me fait me découvrir des chansons. Lorsque je lui fais la lecture à haute voix. Lorsque je regarde la pluie tomber bien à l’abri sous ma couette.

Et alors mon rythme cardiaque ralentit. J’entends les murmures de ma respiration. La course effrénée s’est arrêtée. Je ne t’attends plus.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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