Le lien

Publié le 20 Octobre 2013

Et nous serons liés. C’est ainsi.

Comment se fonde-il ce lien qui nous unit à l’autre? Filiation ou fraternité. Joug ou asservissement. Amour ou fureur. La toile se tisse. Il en est des indéfectibles, des fragiles, des indestructibles, des opportunistes. Il en est que l’on voudrait désintégrer, d’autres que l’on voudrait préserver. On en provoque certains, on en subit d’autres.

Le lien originel, celui qui nous unit à nos parents. Rarement on l’interroge. Il est inné, pas forcément bienveillant. Celui qui m’a portée était inconditionnel ; il s’est parfois fait pesant en grandissant pour l’enfant unique que je suis. Je me refuse à l’interroger davantage. Par pudeur, par respect aussi.

Mais lorsque l’on passe de l’autre côté, lorsque l’on devient parent à son tour, le lien prend tout son sens. Il n’avait rien d’instinctif en ce qui me concerne. Je ne m’en suis jamais caché. Nonobstant le cordon qui me reliait aux minots, c’est avec le temps que le lien s’est forgé. Je le voudrais inaltérable. J’accepte l’idée que je ne maîtrise rien. Je l’entretiens quotidiennement, notre foyer en est le lit. Nos fous rires, nos câlins, nos discussions le consolident. On verra ce qu’il vaut à l’épreuve des années.

Et puis, il y a les autres, ceux que l’on brode au gré des rencontres. Ceux dans lesquels on met toute notre énergie. Il y a celui que l’on fortifie par une naissance par exemple. On s’y accroche : il se fait ciment. Et même lorsque le couple n’est plus, il reste les parents. Enfin, il devrait. On s’efforce de le maintenir. Par nécessité. Mais vient le jour où l’on baisse les bras. Le lien se brise. Le seul être dépositaire de la confiance absolue fait le choix de rompre le nœud précieux. Il faut admettre que l’on s’est peut-être trompé, que l’on a été aveuglé. On prend sur ses frêles épaules les dommages collatéraux. On passe par la tristesse, la déception, la colère, la rage et on dépose les armes. Le temps de rendre des comptes viendra forcément.

Certains liens s’entrelacent avec une comète. Rétrospectivement, on s’avoue que son obsolescence était programmée. Il aurait suffi de regarder dans le passé pour ouvrir les yeux sur l’évidence. Pourtant, on s’y est accroché, quitte à se brûler les mains sur ce qui tenait davantage de la corde rêche que du fil de soie. Ce lien n’était peut-être pas aussi solide qu’on l’aurait voulu dans sa création et étrangement, il est le plus difficile à découdre. La faute aux relations humaines, aux réseaux sociaux, à l’addiction. La faute aux messages cachés et à la peur de ne pas avoir voulu éprouver sa solidité.

Il y a ceux qui ne relèvent ni du sang ni du sentiment amoureux. Ceux que le hasard nous offre de tresser et qui donnent naissance aux belles histoires d’amitié, une cousine de l’amour, sans la passion. Une des plus belles expériences. Ces femmes que l’on rencontre dans le cadre professionnel lors d’une épreuve douloureuse et avec laquelle on noue une compréhension réciproque incroyable. Celles dont la sensibilité et la générosité nous bouleversent. Celles qui sont venues nous chercher au fond du trou. Celles qui ont multiplié les invitations à dîner. Celles qui encouragent les velléités de l’apprentie-écrivain. Elles rendent hommage à Corneille : "Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années".

De cette toile d’araignée émergera le lien le plus solide, le seul sur lequel on puisse compter sans crainte : celui qui nous unit à notre moi profond. Il nous révèle à nous-même et est le garant de notre sérénité.

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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Neurones en éventail 23/10/2013 11:30

Ce texte est très puissant et magnifique !

Jenny Grumpy 23/10/2013 20:23

Merci beaucoup !