De la dignité

Publié le 26 Octobre 2013

"Attitude empreinte de réserve, de gravité, inspirée par la noblesse des sentiments ou par le désir de respectabilité ; sentiment que quelqu'un a de sa valeur : Refuser par dignité de répondre à des insultes par des insultes." Larousse

Il est peu d’instants dans une vie qui nous donnent l’occasion d’éprouver notre dignité. C’est une chance finalement car si on multipliait ces moments, il y a fort à parier que notre décence ne serait pas à la hauteur. Des événements récents m’ont amenée à me questionner. Puis-je affirmer que j’ai toujours su faire preuve de grandeur ? Ai-je su rester honorable en toute circonstance ? N’ai-je jamais cédé à la veulerie par facilité, par désespoir ? Sans avoir un ego démesuré, je crois me connaître suffisamment et vivre selon certaines valeurs. Suis-je néanmoins capable de promettre demeurer décente face à l’adversité ?

Je sais que non. Et ce n’est pas grave : c’est ce qui me rend si humaine, voire humaniste.

La dignité se mesure dans la joie comme dans le malheur. Mais elle ne revêt pas les mêmes atours. Dans les minutes de bonheur intense, l’indulgence plane et on pardonne aisément les comportements excessifs. Lors de ces secondes suspendues, tout est permis. Les spectateurs contemplent avec condescendance cette exaltation qui envahit tout votre être. Et pour cause, ils savent, eux, qu’elle ne durera pas. Parfois même, ils rient sous cape.

Mais qu’en est-il de votre dignité lorsque votre univers vole en éclat ? Que reste-t-il de votre respectabilité lorsque vous êtes confrontés à l’opprobre populaire ? Serez-vous capable de rester convenable lorsque le chagrin vous terrassera ? Affronterez-vous avec fierté la douleur abyssale ?

Avec toute la lucidité dont je suis capable un samedi soir, je dénombre deux événements qui ont mis ma dignité à l’épreuve. Je m’en sors honorablement je crois puisque les scores sont mis à zéro. Il n’est pas question que je les évalue au regard de l’intensité, de la douleur, du manque, des changements qu’ils ont provoqués en moi. Les aborder de manière chronologique me semble parfaitement approprié.

Janvier 2005. 27 piges. Les funérailles de mon père. Un patelin au fin fond de la grande banlieue. Une église minuscule et décatie. Une mort soudaine. Précipitée. Brutale. 53 berges. Des non-dits. Une réalité. Un effondrement. Un prêtre misérable. Une foule imprévue. Des amis. La famille. Des collègues. Des voisins. Un amoureux. Du bruit. De l’émotion. Des murmures. Elvis Presley. Des roses blanches. Une robe noire. Des psaumes insensés. Une bénédiction inadmissible. De la colère. De la stupeur. Du chagrin. Un vol. Je suis restée digne. Je n’ai pas flanché, pas hurlé. Je suis restée debout.

Printemps 2013. Une séparation. La Seine comme frontière. L’incompréhension. La blessure. Le manque. L’imploration. Le silence. L’humiliation. Les compromis. La décadence. Les larmes. La déliquescence. Je ne suis pas restée digne. J’ai pleuré, mugi. Je me suis effondrée

Il est peu d’instants dans une vie qui nous donnent l’occasion d’éprouver notre dignité. Tant mieux…

Rédigé par Jenny Grumpy

Publié dans #Réflexion

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